Rappelle-toi veux-tu tous ces moments d’azur
Tous ces petits futurs qu’on a gâchés gaiement
Arrête donc tes bêtises et viens taper la bise
À ton rêve embourbé dans ses petits papiers
Y a pas de quoi s’rincer l’œil aux premières heures du jour
On est bien assez loin de toute autre carrefour
Y a déjà bien assez qui s’est fait taquiner
Y a déjà trois fois rien pour s’en laver les mains

Rappelle-toi quand même notre tachycardie
Les gracieux armistices de nos polyphonies
Les débris ravissants de nos petits matins
Le décor qui valait bien un alexandrin
Quand tu jouais les vierges et moi le long jumeau
Quand on faisait la fête sans plus piper un mot
C’était pas la conquête des météores soudains
C’était pas nostalgique c’était le quotidien

Combien de fins du monde a-t-on défiées 
Avec notre pédanterie

(via Caput Lava)



Oui j’ai bien fermé la fenêtre
Car je ne veux plus que tu te jettes
Allez viens danser sur la plage
Allez viens danser y en a marre

J’ai pas vérifié la portière
Et on s’en fout si y a des éclairs
Qui viennent traverser le brouillard
Allez viens danser sur le sable

Et puis le reste on s’en fout
On est bien assez ridicules
Déjà bien assez déjantés
Déjà bien assez ravagés
Allez viens danser sur le sable
Allez viens danser sur la plage

(via Caput Lava)



Toute ta vie durant tu joueras les funambules
Au-dessus des plaines blanches À la merci de la chute
Au-dessus des âmes franches vaillamment enracinées
Au-dessus de ton enfance au-dessus des marais

Seuls quelques regards levés reconnaîtront ta folie
Seuls quelques regards levés soupçonneront ta beauté
Il sera d’autant moins facile de garder l’équilibre
Quand toi seul verras venir la coulée
De boue
Sur nous

Toute ta vie durant tu joueras les Cassandre
Avec toute ton arrogance et ta morgue remplie
Des cadavres de la veille qu’il a fallu descendre
Sans te briser les rêves ni l’esprit de revanche

Seuls quelques regards peinés reconnaîtront ta défaite
Seuls quelques regards peinés pardonneront tes excès
Il sera d’autant moins facile de te faire relever la tête
Quand toi seul croiras tenir et rester
Debout

Toute ta vie durant tu joueras les funambules
Toujours le pas s’assurant de ne pas prendre recul
En enfant vieillissant capricieux enragé
S’étonnant que sur un fil on ne bâtisse qu’un trajet

(via Caput Lava)

Amsterdam
À Amsterdam, il faisait chaud. C’était rempli de jeunes, de bruit et de vélos. Que venais-je y faire, moi qui goûtais si peu les pétards, point du tout les putains — et ne trouvais de manière générale qu’absolu bradé dans toute extase tarifée ? Sans doute ne m’avait conduit là qu’un mélange de curiosité acharnée et de soumission aux circonstances favorables. Depuis quelque temps déjà, je promenais ce volontarisme emprunté et tentais tout du moins, à défaut de forcer le destin, de forcer mon printemps. Je laissais venir, en d’autres termes ; je me laissais vivre, dit autrement.
C’est aussi qu’en ce mois de mai 2005, le musée Van Gogh proposait une exposition Egon Schiele. À l’époque, j’avais l’arrogance — ou, c’est selon, l’étroitesse d’un esprit trop vert encore — de me trouver une certaine proximité avec le peintre autrichien. Nous étions tous deux gaulés comme des squelettes, provocateurs malgré nous et aspirants génies gonflés de cette anxiété tyrannique que partagent souvent les gens ténébreux et narcissiques. Par excès de romantisme, je m’imaginais bien, tout comme lui, mourir avant l’heure d’une mauvaise grippe… Mais le plus perturbant restait l’art avec lequel je retrouvais dans les femmes qu’il avait peintes toutes celles qui avaient croisé mon chemin : des créatures sensuelles pour la plupart — des créatures blessées, sans exception.
Tâchant cependant de profiter un peu du soleil avant de m’enfermer dans le musée, je déambulai une heure ou deux entre les canaux, sans rien trouver de faramineux à prendre en photo. Dans cette agitation hollandaise, il n’était question que de se heurter à la foule plus ou moins festive et illuminée — une horde de t-shirts bariolés, un défilé de canettes, de risettes et de lunettes noires.
Je n’avais même pas vingt-trois ans… Je me sentais terriblement vieux — et restais un sempiternel innocent… Perdant-perdant…
Ce n’était, au fond, qu’un moment de flottement — toutes ordures et choses mortes à la surface. Sur l’eau et sous le cagnard, les débris d’une histoire antérieure en bouées morbides et pour seul relief d’un siècle s’annonçant aride… Il fallait bien se ressaisir. Las, je finis par atterrir dans un coffee-shop et achetais quelques grammes d’une tuerie cérébrale élégamment nommée MK-Ultra. J’en testerais les ravages un peu plus tard  — loin d’Amsterdam.
Ne m’attendaient pour l’heure que les seins meurtris et les pubis rougis des modèles d’Egon Schiele — exhibés cent ans plus tard sur un papier devenu jauni.


Amsterdam

À Amsterdam, il faisait chaud. C’était rempli de jeunes, de bruit et de vélos. Que venais-je y faire, moi qui goûtais si peu les pétards, point du tout les putains — et ne trouvais de manière générale qu’absolu bradé dans toute extase tarifée ? Sans doute ne m’avait conduit là qu’un mélange de curiosité acharnée et de soumission aux circonstances favorables. Depuis quelque temps déjà, je promenais ce volontarisme emprunté et tentais tout du moins, à défaut de forcer le destin, de forcer mon printemps. Je laissais venir, en d’autres termes ; je me laissais vivre, dit autrement.

C’est aussi qu’en ce mois de mai 2005, le musée Van Gogh proposait une exposition Egon Schiele. À l’époque, j’avais l’arrogance — ou, c’est selon, l’étroitesse d’un esprit trop vert encore — de me trouver une certaine proximité avec le peintre autrichien. Nous étions tous deux gaulés comme des squelettes, provocateurs malgré nous et aspirants génies gonflés de cette anxiété tyrannique que partagent souvent les gens ténébreux et narcissiques. Par excès de romantisme, je m’imaginais bien, tout comme lui, mourir avant l’heure d’une mauvaise grippe… Mais le plus perturbant restait l’art avec lequel je retrouvais dans les femmes qu’il avait peintes toutes celles qui avaient croisé mon chemin : des créatures sensuelles pour la plupart — des créatures blessées, sans exception.

Tâchant cependant de profiter un peu du soleil avant de m’enfermer dans le musée, je déambulai une heure ou deux entre les canaux, sans rien trouver de faramineux à prendre en photo. Dans cette agitation hollandaise, il n’était question que de se heurter à la foule plus ou moins festive et illuminée — une horde de t-shirts bariolés, un défilé de canettes, de risettes et de lunettes noires.

Je n’avais même pas vingt-trois ans… Je me sentais terriblement vieux — et restais un sempiternel innocent… Perdant-perdant…

Ce n’était, au fond, qu’un moment de flottement — toutes ordures et choses mortes à la surface. Sur l’eau et sous le cagnard, les débris d’une histoire antérieure en bouées morbides et pour seul relief d’un siècle s’annonçant aride… Il fallait bien se ressaisir. Las, je finis par atterrir dans un coffee-shop et achetais quelques grammes d’une tuerie cérébrale élégamment nommée MK-Ultra. J’en testerais les ravages un peu plus tard — loin d’Amsterdam.

Ne m’attendaient pour l’heure que les seins meurtris et les pubis rougis des modèles d’Egon Schiele — exhibés cent ans plus tard sur un papier devenu jauni.

(via jordan-prestrot-photos)



L’ivresse noire dessous le pont
Qui s’aiguise contre ton nom
Je la respire avec honte
Tous les quais la transpireront
Que devient ton nom
L’oublient-ils les survivants
Que deviennent tes trahisons
Résonnent-elles dans les bas-fonds

Toute la nuit nous l’avons bue
Tout le souffle nous l’avons tu
Toute notre âme nous l’avons nue
Tout mon corps semble rompu

Ces putains de bateaux-mouches
Me foutent leurs phares dans la gueule
Et leurs touristes ils me saluent
De toutes leurs mains de toutes leurs dents
De tous ces jours je me souviens
Je plongeais la tête la première
Et tu partais les pieds devant
J’étais plein de tourments

Toi t’étais la plus belle
De toutes les salopes
Ma chère et cinglante reine
Ma giboulée de fièvre

Sont-ce là des kangourous
Qui se promènent à l’australienne
Sur les bords de la Seine
Quand moi je me tiens là fumeux
Au bout d’une cigarette
Si tu savais comme je regrette
Tous ces silences échangés
Tous ces aveux avortés
Toute cette violente migraine

T’étais marrante ouais t’étais fière
Quand t’avais les cheveux en arrière
Des lianes tressées dans le dos
Un guerrier sur la peau

L’ivresse noire comme un silex
Sur lequel ton nom se blesse
Je la subis avec honte
Tous les quais la ravaleront
Que devient ton nom
Il est parti dans les airs
Il s’est soulevé de terre
Et il me laisse au bord du quai

Ton nom tombe
Comme une pluie de pierre
Sur le mien qui se terre
Et qui résiste
Aux soleils des touristes

(via Caput Lava)




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